Le livre

Du rêve de Strasbourg au désir de ses vignobles

La Tribu des Gourmets vous invite à découvrir l’histoire méconnue de Strasbourg et ses vignobles. Mille ans d’audace, d’ingéniosité, d’initiative qui ont mené un gros bourg de pêcheurs et d’artisans jusqu’à l’Eurométropole, capitale européenne. Avec comme fil conducteur, le Rhin. Et bien sûr, les vins d’Alsace.

Les livres traitant de l’Histoire de Strasbourg et les guides touristiques sont unanimes, au moins sur un point. Le commerce des vins d’Alsace, effectué via le port de Strasbourg depuis le haut Moyen Age, a joué un rôle que ces ouvrages caractérisent comme « crucial, essentiel, vital, déterminant, primordial, prépondérant », et bien d’autres termes élogieux.

Dans ce festival de louanges, on retiendra l’unisson. Mais aussi une tendance tout aussi unanime à ne pas explorer plus loin les racines et les conséquences de ces éloges. Le constat d’une relation décisive entre Strasbourg et son vignoble est posé, reste à dessiner les contours de cette saga de plusieurs siècles.

Oui, Strasbourg a imaginé, organisé, développé et fait bénéficier des retombées sonnantes et trébuchantes de ce commerce plus que florissant, bien au-delà de ses remparts. Logiquement, les principaux approvisionnements sont venus des vignobles les plus proches de la ville ; la Couronne d’Or. Au-delà de cet espace situé au sud de Marlenheim, les Vignobles de Strasbourg englobent les vignobles exposés entre la Zorn (la région de Haguenau) jusqu’aux alentours de Sélestat. Les vignobles de Haute-Alsace ont aussi largement contribué et bénéficié de cet élan sans pareil.

Ce livre raconte l’ambition des Strasbourgeois de faire de leur bourg des lendemains de l’an Mil, une ville essentielle, au travers des regards croisés d’acteurs ou de témoins de cet âge d’or. Nous vous convions à découvrir Strasbourg en 1498, sur les pas de deux jeunes gens vivant dans la Couronne d’Or, les villages viticoles les plus proches de la ville. Ils découvrent une organisation redoutablement efficace, une fiscalité omni présente, des métiers dédiés au commerce et l’expédition des vins d’Alsace, une vie intense voire agitée. Et un foyer propice aux révolutions techniques – l’imprimerie – et intellectuelles, l’Humanisme et la Réforme.

Et aujourd’hui ? Nous suivons un jeune couple qui a choisi Strasbourg pour son image universitaire, européenne, culturelle, touristique et pour la vision humanisme du XXIe siècle incarnée par cette capitale des Européens. Grand sera, en revanche, leur étonnement face à la proximité géographique du vignoble avec l’Eurométropole. En découvrant la Couronne d’Or, ces enfants de la génération Erasmus vont rencontrer l’audace, l’enracinement dans un patrimoine vivant et une joie de vivre propre à l’esprit vigneron. Les enfants de 1492 ont rêvé Strasbourg, leurs très lointains descendants vont se nourrir d’un vignoble et d’un patrimoine historique hors du commun.

Ce livre vous est proposé par une association, la Tribu des Gourmets du vin d’Alsace. Les histoires oubliées que nous partageons s’appuient sur des faits historiques, cités par des auteurs qui ont œuvré bien avant nous sur ces recherches, qui nous ont été précieuses. Nous les remercions sincèrement.

Charles Brand et Didier Bonnet

Strasbourg peut légitimement s’enorgueillir de nombreux atouts liés à son histoire bimillénaire, à sa situation géographique exceptionnelle au cœur du bassin rhénan, à son statut de capitale européenne ou encore à son patrimoine culturel et architectural.

Mais quelle surprise de la voir présentée ici comme ville viticole ? La capitale alsacienne est associée symboliquement et dans l’esprit de tous aux vins d’Alsace, cela ne fait aucun doute ! Quant à démontrer qu’elle dispose de vignes sur son territoire, c’est un tout autre défi, que relèvent Didier BONNET, Karine FABY et Jean-François KOVAR, avec cet ouvrage prometteur à plus d’un titre. En suivant deux parcours croisés correspondant à autant de chapitres, les auteurs nous conduisent dans un voyage enchanté au cœur de Strasbourg et de ses vignobles, ou plus exactement au cœur de sa relation aux vignobles.

s’agit aussi d’un voyage dans le temps, car après avoir accompagné Liesel et Mathias qui viennent en 1498 de Balbronn pour visiter Strasbourg, nous voici soudain en compagnie d’un jeune couple qui, à l’heure du millénaire de la Cathédrale, fait le chemin inverse en allant à la découverte des villages et des vignobles de Strasbourg. Et pour finir, les auteurs sont allés recueillir les conseils avisés de Strasbourgeois, de souche, de cœur ou d’adoption. Oui, notre ville est fortement reliée aux vignobles qui la voisinent, à quelques kilomètres vers l’ouest. Les auteurs en veulent pour preuve la démarche des vignerons des coteaux de la Couronne d’Or, région viticole située entre Marlenheim et Molsheim qui, depuis 20 ans, ont entrepris de renouer le lien historique, culturel et patrimonial avec Strasbourg… Déjà, les Romains plantaient des vignes sur les coteaux ensoleillés des alentours de Marlenheim, voici près de deux mille ans, ce dont attestent pressoirs en pierre et restes de pépins de raisin en grande quantité, découverts par les archéologues.

Ils évoquent également l’empereur Frédéric Barberousse qui, au milieu du XIIe siècle, installe l’une des capitales de l’empire germanique à Haguenau et convie les grands de ce monde à sa table pour déguster les vins d’Alsace, à une époque où notre ville peine encore à se distinguer des cités voisines.

Pendant que Haguenau règne, Strasbourg, forte de son fleuve nourricier, développe quant à elle sa voie navigable tout en rêvant à une cathédrale sans équivalent pour rayonner dans la vallée rhénane. Telle était en effet l’équation des Strasbourgeois du Moyen Age : puisque les convives de Barberousse appréciaient nos crus, autant les livrer directement dans leurs cités princières, de la Hanse à la Scandinavie, à Londres et toutes les grandes villes du Nord.

Depuis cette période et durant près de sept siècles, le commerce des vins d’Alsace via le port de Strasbourg a contribué sans conteste à la renommée de notre ville. Dès cette époque, elle forge son image de ville industrieuse, et révèle une capacité d’organisation particulièrement méthodique : il revenait aux vignobles de Strasbourg d’élaborer les meilleures cuvées, dénommées du nom de leur commune d’origine, et à la Ville, de faire goûter ces vins par des Weinsticher, des Gourmets, d’évaluer leur prix, de prélever les taxes sur toute transaction et manipulation, de surveiller la sincérité des ventes, d’éviter, voire de punir les fraudes… mais surtout de profiter de cette ressource financière exceptionnelle. Faut-il le rappeler ? Elle a notamment permis de financer notre somptueuse cathédrale.

C’est ainsi que fut créée au XIIIe siècle la Tribu des Gourmets, qui connaît une nouvelle vie depuis 2012, et à qui l’on doit cet ouvrage qui rappelle opportunément que le commerce des vins a conféré à Strasbourg son dynamisme commercial et économique.

Ainsi, l’on apprend que si Strasbourg tient son aura si particulière de son statut de ville intellectuelle et culturelle, de Gutenberg à Erasme et à Goethe, elle n’en est pas moins une cité marchande depuis des siècles, grâce aux vignobles qui l’environnent et aux merveilleux nectars d’or qui font jusqu’à ce jour sa notoriété.

Roland Ries
Maire de Strasbourg